Recrutement : les temps changent !

Avec un taux de chômage bas, des travailleurs tentés par l’entrepreneuriat et la crise sanitaire qui a laissé des traces, certains secteurs peinent à embaucher. Alors les initiatives pour trouver -et attirer- les talents se multiplient. Place à l’imagination…

Les changements sociétaux et le monde du travail

Partout, des affichettes, des banderoles ou des annonces délivrent ce message : « Nous recrutons ». Cuisinier, soudeur, serveur, développeur, maçon, plaquiste, comptable, livreur, chauffeur routier, conducteur de bus… Aucun secteur ne semble épargné par la pénurie de candidats. La situation est inédite. Même des domaines innovants et à forte valeur ajoutée, comme les IT ou l’informatique, manquent de bras. Main-d’œuvre qualifiée ou pas, le constat est le même.

Il fait écho à un phénomène post-Covid observé aux États-Unis : « La grande démission », qui arrive aussi en Europe. La crise sanitaire, les confinements et le déploiement du télétravail ont ouvert de nouvelles perspectives professionnelles. Certains travailleurs souhaitent désormais évoluer en dehors du cadre de l’entreprise. Ils cherchent aussi à se réorienter vers des univers totalement différents, plus en adéquation avec leurs valeurs.

Sarah Fournier, fondatrice de ProActif intérim, constate ces tendances chaque jour. De son agence de Saintes (17), elle reçoit en permanence des demandes de chefs d’entreprise qui se tournent vers le travail temporaire pour pallier leur manque de personnel. « Les dirigeants sont souvent déroutés par les changements sociétaux qui s’opèrent. Certains ont parfois du mal à comprendre que les codes des années 90 ne fonctionnent plus. Et ce n’est pas une question d’âge des recrues, c’est une mutation générale. »

recrutement ProActifQuelles sont ces nouvelles valeurs justement susceptibles de faire la différence et d’attirer des talents pour les entreprises qui les prennent en compte ? De toute évidence, l’une des aspirations affichées est de mieux équilibrer vie professionnelle et vie privée. Proposer, lorsque c’est possible, des jours de télétravail, des plannings flexibles… La semaine de 4 jours en modulant l’amplitude horaire des équipes, est un plus. Cela permet au salarié de faciliter au quotidien la garde de ses enfants, la gestion de ses rendez-vous médicaux ou personnels, ses loisirs… Une situation qui était impensable avant ne l’est plus : pendant l’entretien de recrutement, le candidat énonce de telles revendications. Il veut aussi savoir si son avis sera pris en compte dans les circuits décisionnels. Enfin, il se renseignera également sur la démarche RSE de son futur employeur. Sarah Fournier en est convaincue, « les entreprises doivent faire le deuil d’un ancien modèle vertical et hiérarchique. Pour attirer les talents, à elles de se montrer innovantes dans leur organisation et leur management. Les salariés actuels souhaitent être écoutés et qu’on entende leurs aspirations. Moyen quoi ils collaboreront avec plaisir. Un cadre peut vouloir aller chercher ses enfants à l’école en quittant le bureau à 16 h 30 puis se remettre à travailler ensuite de chez lui. Ces nouveaux modes de fonctionnement ne sont plus optionnels, nous devons les accepter et faire preuve de souplesse. »

Le recrutement dans la rue, en jouant ou via un QRCode

Face à ces changements, les méthodes de recrutement mutent elles aussi, comme l’illustre le street-sourcing. Ce recrutement de rue a pour objectif de partir à la rencontre des candidats, d’amener l’emploi vers eux sans attendre une démarche de leur part. En s’affranchissant de l’étape parfois bloquante « lettre de motivation et/ou CV », les recruteurs vont sur le terrain. Il y a peut-être des talents cachés qui échappent aux dispositifs classiques. Centres commerciaux, jardins publics, ou dans la rue, ces lieux concentrent de potentielles recrues, qui sont alors abordées directement, en face à face, sans préjugé ni frein dû par exemple au manque de maîtrise numérique.

C’est dans cet état d’esprit inclusif que McDonald’s a mené récemment une campagne originale pour trouver de nouveaux collaborateurs. L’enseigne de restauration rapide a choisi des gares et des emplacements d’abribus pour positionner des affiches avec un simple QRCode. Les jeunes, cible privilégiée, dégainent leur smartphone, scannent et sont invités, s’ils le souhaitent, à postuler. McDonald’s utilise donc les codes des jeunes : usage immédiat du smartphone, facilité de contact, démarche dynamique vers son public.

De son côté, ProActif Recrutement multiplie aussi les occasions pour aller vers les candidats. Proactif participe à des salons spécialisés, à des tables rondes, et utilise des outils numériques performants. Récemment, la mise en place d’une nouvelle plateforme numérique à destination des intérimaires et des entreprises utilisatrices va dans ce sens : via un smartphone, elle simplifie les prises de décisions rapides et le suivi des missions de travail temporaire. C’est un outil digital parfaitement adapté au nomadisme actuel.

Pôle Emploi innove également pour attirer les talents, à l’exemple du sud-est où sont organisées des visites préalables d’entreprises pour les futurs candidats. Ces derniers sont accueillis dans la structure. Après un rendez-vous sur site et des échanges avec les salariés, ils pourront ainsi confirmer leur intérêt -ou non- pour le poste. Le but recherché est bien évidemment de favoriser une insertion durable dans l’entreprise.

Autre expérience menée par Pôle Emploi sous forme d’escape-game : « enfermer » un groupe de candidats dans une pièce avec mission d’en sortir dans un temps imparti. L’observation des participants est instructive afin d’évaluer leurs capacités de coopération, d’esprit collectif, de réactivité ou d’autonomie.

L’importance des soft skills

De plus en plus de dirigeants veulent trouver des candidats performants techniquement, mais aussi capables de s’adapter à leur environnement et de s’intégrer au sein d’une équipe. Le recrutement se fait alors davantage sur les qualités relationnelles, les fameuses soft skills (compétences douces), que sur le CV.

Sarah Fournier en est persuadée, « à l’heure de la digitalisation rapide des process et de l’intelligence artificielle, les entreprises ont besoin de compétences différentes pour sortir de la routine et assurer leur développement. Si les soft skills sont tant recherchées, c’est qu’elles constituent un levier de performances pour l’organisation. Mais les entreprises doivent aussi recruter des profils plus atypiques, à l’image des Canadiens qui accueillent des individus qui ont connu ce que nous appelons en France “l’échec”. Là-bas, ils le voient au contraire comme une richesse d’expérience. »

Autre levier souligné par Sarah Fournier : « Accepter de former quel que soit l’âge de la personne et son parcours. L’envie et les Soft Skills sont parfois suffisants, et tout aussi importants, pour se former dans des métiers où seule une compétence de base est nécessaire… C’est ça, l’agilité ! »

Les indicateurs de Pôle Emploi pour l’Aquitaine illustrent bien ce contexte : un taux de chômage historiquement bas de 6.5 % au 1er trimestre 2022, tandis que la création de microentreprises poursuit son essor. À fin juin 2022, 33 000 demandeurs d’emploi avaient créé leur entreprise, un chiffre en hausse de 10 % sur un an.